Fin de partie ?

Cette semaine de rentrée médiatique, D. Raoult a sifflé la fin de la partie. Si tôt ? En pleine peur de seconde vague ? Non, c’est une partie toute personnelle, toute égoïstement cynique, dont il a sifflé la fin. Voyons pourquoi.

Dans sa vidéo du 18 août 2020 (Youtube 18/08/20), D. Raoult a fait sa rentrée, remettant les pendules à son heure marseillaise. Le passage le plus notable, à mon humble avis, figure à 5m15s. Cet avis est partagé à tel point qu’il a donné lieu à une parodie (Odile Raoult par Tipunch) jubilatoire.

Car le cynisme de son discours pendant ce passage est absolument conternant, et profondément déprimant pour toute âme recherchant i) la vérité, ii) le bien commun, comme moi. Expliquons pourquoi.

Il y explique, dans une maladresse masquant mal son inconfort en matière mathématique, que la mortalité à l’IHU MI (0,45%) est tellement basse (et surtout tellement proche de la mortalité naturelle, à savoir 0,5%-1% d’après une note de synthèse fournie par l’OMS, voire même 0,1% de l’aveu même de D. Raoult le lendemain sur CNEWS à 32m47s), qu’aucun traitement hypothétiquement plus efficace que ce score, ne pourra être validé selon les règles de l’art tant chères à ses adversaires, tenants de la rigeur scientifique, quand lui est le tenant d’un anarchisme épistémologique opportuniste baroque (L’épistémologie opportuniste de Didier Raoult).

Et ce qu’il dit là est authentiquement vrai, sauf surprise peu probable (traitement ou vaccin miracle ultra efficace). Les chiffres sont implacables. Inutile de s’y attarder. Les plus curieux auront quelques détails dans ce thread twitter : lien.

C’est d’autant plus plausible, que le taux de mortalité naturelle de la COVID 19 devrait plutôt diminuer au gré des mutations et d’une évolution vers une infection endémique ponctuée d’épidémies saisonnières, comme pour ses congénères issues d’autres coronavirus, ou encore comme pour la grippe saisonnière et ses variantes. Je ne fais que répéter là ses dires.

C’est ce qui lui fait dire qu’avec ses 0,45% de taux de mortalité à l’IHU MI, son traitement HCQ+AZI > 3 jours est, sera et restera dans l’histoire le traitement de référence de la COVID 19. Parce qu’il est efficace ? Non, il n’essaye même plus de convaincre que d’autres ont confirmé ses résultats, base de la rigueur scientifique. Il s’en contre-fiche. Juste parce que personne ne pourra démontrer une plus grande efficacité d’un hypothétique meilleur traitement. Cynisme intégral. La vérité, le bien commun, ne l’intéressent pas.

Il est un renégat qui pisse à la face de ses adversaires en leur disant : « Vous avez raté le coche ! Moi je l’ai saisi, j’ai obtenu une mortalité plancher, avec une méthode foireuse (un placebo amélioré, au pire dangereux, au mieux ayant un vague effet), mais on s’en fiche, tout le monde ou presque me croit, et pour vous c’est trop tard, il n’y aura plus assez de malades pour démontrer la moindre efficacité d’un traitement sur une maladie dont la mortalité naturelle est si faible à la base, et tend à diminuer encore. » C’est son pari.

Tout cela colle si bien avec l’éclairage apporté par L’épistémologie opportuniste de Didier Raoult. D. Raoult ne cherche que l’estime de lui-même, il le dit et le revendique régulièrement, encore sur CNEWS le 19 août. Les autres, a fortiori ses adversaires, il s’en fiche. Il est là pour s’éclater et patronner, du haut de son expertise moisie. La grande classe, que l’Histoire célèbrera si la potion sort indemne de cette mascarade comme il le prédit, ou qu’elle oubliera sans regret a contrario. Mais lui restera le Monsieur 0,45% à l’IHU MI, brandi comme une record olympique (« de Marseille ») au cent mètres, malgré un vent favorable aussi rapide que le sprinteur vainqueur.

On notera l’illustration des deux D. Raoult, le cynique et arrogant Dr Jekyll parlant à ses fans (Youtube 18/08/20), le modeste, posé, presque réservé Mr Hyde parlant à tous (CNEWS 19/08/20).

Aussi, on comprend, à la lecture passionnante de L’épistémologie opportuniste de Didier Raoult que toute preuve irréfutable serait gênante car elle tuerait le débat, donc la polémique nourricière pour ses parties prenantes (dont moi… ?? non non, je ne suis que spectateur, et d’autres sujets bénéficieraient de plus d’énergie si le travail avait été bien fait ici). De sorte que tous ceux qui vivent sur ce bazar, sur le dos des citoyens effarés, ou blasés, n’y ont aucun intérêt. Chacun devient « iste », ou « anti-iste », tenant de la chose ou adversaire, et s’en alimente. Cf. Marredéiste.

Pour autant, D. Raoult continue quand même à essayer de convaincre, cf. sa dernière étude sur des personnes agées (lien), non randomisée, mal contrôlée, analysant statistiquement a posteriori des cohortes disparates prises en charge par d’autres, ailleurs dans divers lieux autres que l’IHU MI, méthode qu’il critiquait lui-même il y a peu. Pourquoi des personnes agées ? Parce que la mortalité de la COVID croît en flèche avec l’âge. Les résultats sont donc moins difficiles à quantifier avec un nombre de décès proportionnellement plus élevé.

Cela contredit donc l’affirmation de fin de partie. Encore un paradoxe, une queue de poisson marseillaise, juste pour son bon plaisir d’emmerder ses adversaires.

Et pour remettre une pièce dans le jukebox. Car comme disait Coluche, tant qu’je gagne, je joue !

PS : breaking news 27/07/20, oups Méta-analyse : l’hydroxychloroquine combinée à l’azithromycine augmentent le risque de mortalité dans le traitement du Covid-19

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s